Les cahiers de Serge Bonnery

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Un jour d’hiver

samedi 7 juillet 2018, par Serge Bonnery

En 1940, aux portes de l’hiver, des intellectuels qui ont fui la zone occupée où leur vie était en danger, se regroupent à Carcassonne autour de Joë Bousquet qui les accueille dans la chambre du 53 rue de Verdun où il vit, couché, paralysé des membres inférieurs suite à la blessure reçue le 27 mai 1918 sur le champ de bataille de Vailly-sur-Aisne.

Il y a là, entre autres, Julien Benda, Aragon et Elsa Triolet, le peintre Hans Bellmer. Jean Paulhan et Pierre Seghers sont de passage. Gaston Gallimard et sa famille logent dans la demeure du domaine de l’Evêché, à Villalier, propriété des Bousquet. Georges-Emmanuel Clancier (ses amis l’appelaient « GEC ») raconte que, cette année-là, il fait le « pèlerinage » de Carcassonne pour voir Bousquet. Ils ont plusieurs amis communs dont Jean Cassou et Jean Ballard, le directeur des Cahiers du Sud publiés à Marseille. Lorsqu’il pénètre dans la chambre, sans doute après avoir soulevé, comme tous les visiteurs, la lourde tenture qui protège la porte, sont déjà là : Henri Michaux, Louis Aragon et Elsa Triolet. L’étudiant en lettres que « GEC » est encore à cette époque assiste au colloque. Il gardera toujours le souvenir de ce moment « essentiel » vécu comme une initiation à la littérature et à la poésie. En faisant le voyage de Carcassonne, « GEC » a suivi sa pente.

A partir de juillet 1940, Georges-Emmanuel Clancier s’engage dans la poésie de résistance en participant activement à l’aventure de la revue Fontaine dirigée à Alger par Max-Pol Fouchet.

Voici un poème de « GEC ». Il s’intitule Hiver – c’est toujours l’hiver quand un poète meurt – date de 1944 et a été publié dans l’anthologie du livre de Pierre Seghers, La Résistance et ses poètes.

Hiver

Assez des hommes gris qui pèsent sur nos jours,
De leur vide immense qui fait saigner nos villes,
De la nuit sans étoiles serrée à notre gorge,
Qui noya l’aube des rues et des forêts…
Votre règne de fous de sang de coups s’achève,
Malgré vous le pelage du jour se relève
Le vent la vie dispersent l’âcre fumée de vos os.

Chaque fois que je crois avancer dans le temps, je retourne des années en arrière et me reconnais dans le visage du cancre qui m’a été refusé.

Je n’ai pas osé la tache d’encre. J’étais dû à la transparence. A la perfectibilité de l’êblabla. Mes tonalités furent mineures. Quelques bémols à la clé.

Depuis ce temps-là, je tâtonne. J’erre en bord de fleuve. Est-ce cela suivre sa pente ?

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