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Seul le prolétariat est révolutionnaire

mercredi 6 septembre 2017, par Serge Bonnery

Pour Marx et Engels, la lutte ne peut s’envisager que dans l’union et le rassemblement des forces populaires. Déjà en leur temps, ils soulignaient l’importance « des moyens de communications » dont la croissance, notaient-ils, favorise l’union. Que dire de plus à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux qui permettent de décupler les contacts et la diffusion des idées ? Pour les deux philosophes, « la lutte de classes est une lutte politique ». D’où l’importance d’une « organisation des prolétaires en classe et par là en parti politique ». Ce n’est pas pour rien que le candidat Emmanuel Macron a proclamé pendant sa campagne électorale « la fin des partis ». On voit bien quelle était la visée de ce slogan : réduire à néant la force active de la classe ouvrière tant qu’elle a conscience d’être l’oppressée face à l’oppresseur bourgeois.

Mais « la bourgeoisie », expliquent les auteurs du Manifeste, « se trouve engagée dans une lutte permanente ». Contre l’aristocratie, contre les bourgeoisies concurrentes d’autres pays et contre une partie d’elle-même. Nonobstant qu’elle fait appel au prolétariat pour l’aider dans ses luttes et que, l’entraînant « dans le mouvement politique », elle lui fournit « les éléments de sa propre formation », la classe dirigeante voit « une petite partie se désolidariser d’elle et rejoindre la classe révolutionnaire ». Cette partie de la bourgeoisie « qui passe au prolétariat » est notamment constituée « des idéologues qui sont parvenus à la compréhension théorique de l’ensemble du mouvement historique ».

Marx et Engels, outre qu’ils justifient ici leur propre « trahison » de classe, apportent la preuve que « seul le prolétariat est une classe réellement révolutionnaire » puisque le rejoignent ceux qui, dans la bourgeoisie, jugent indispensable et urgente une véritable révolution. La grandeur du prolétariat est no seulement dans sa force propre mais aussi dans son ouverture à des forces qui, au départ, ne lui étaient pas acquises.

A contrario, il n’y a rien à attendre, selon Marx et Engels, des classes dites moyennes. « Les classes moyennes ne sont pas révolutionnaires mais conservatrices », tranchent-ils, pour la raison qu’elles cherchent à « préserver leur existence » contre la bourgeoisie qui les menace. Elles sont même, de ce point de vue, « réactionnaires », car pour préserver le peu qu’elles ont, elles « cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire ».

  • Déterminisme ou détermination ?

Le prolétariat, lui, « ne possède rien ». Il n’a donc « rien à protéger » [1]. « Les lois, la morale, la religion sont pour lui autant de préjugés derrière lesquels se cachent autant d’intérêts bourgeois ». Son combat ? « En finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie ». La lutte est en premier lieu nationale avant de devenir internationale et mondiale. « Le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l’énorme majorité dans l’intérêt de l’énorme majorité ».

Le paragraphe qui clôt le chapitre I du Manifeste parachève la description du système capitaliste et son décryptage : « La condition essentielle de l’existence et de la domination de la classe bourgeoise est l’accumulation de la richesse dans des mains privées, la formation et l’accroissement du capital » tandis que « la condition du capital est le salariat ». Bourgeoisie et prolétariat sont condamnés à vivre ensemble et à se combattre. L’histoire de toute société est bien toujours l’histoire d’une lutte de classes !

La conclusion de Marx et Engels reste cependant discutable. Ils pensent « inéluctables » la chute de la bourgeoisie et la victoire du prolétariat. Ce déterminisme historique qui pousserait – dans une version caricaturale – à demeurer passif en attendant un grand soir tombé du ciel, reste à démontrer. Lénine s’en est méfié pour qui il n’y a pas de déterminisme mais une détermination.

(à suivre)

[1"When you got nothing, you got nothing to lose", chante Bob Dylan dans sa célèbre chanson Like a rolling stone. (Traduction : "Quand on n’a rien, on n’a rien à perdre).

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