Les cahiers de Serge Bonnery

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Au bord extérieur de la littérature

jeudi 10 août 2017, par Serge Bonnery

Nerval, littérature, langage, folie (Mardi 8 août) - Pour Michel Foucault [1], l’œuvre de Gérard de Nerval dit « la seule manière d’être au cœur de la littérature » qui consiste à « se maintenir indéfiniment à sa limite et comme au bord extérieur de son escarpement ». Dans la position, donc, la plus inconfortable qui se puisse concevoir, impossible à tenir sans risquer la chute et l’anéantissement.

Nerval, nous dit encore Foucault, se situe dans « un rapport déchiqueté au langage ». Et si nous ne disposions que de cette pauvreté-là pour dire les lambeaux de vérité que nous parvenons, au prix de grandes difficultés, à déchirer de nous-mêmes ?

Foucault parle encore, à propos de Nerval, d’une « obligation vide d’écrire » aboutissant « au constat répété qu’il faut écrire ; qu’on ne vit et qu’on ne meurt que d’écrire ». De là, ajoute-t-il, « cette possibilité et cette impossibilité jumelles d’écrire et d’être ». De là, encore, « cette appartenance de l’écriture et de la folie » propre à l’écriture nervalienne et qui suscite toujours en moi un même mouvement d’attirance et d’effroi. J’insiste sur le « même » car c’est bien la peur du vide qui m’attire chez ce poète.

Est-ce là ce dont témoignent à leur tour mes fragments ? Lambeaux d’une écriture qui se nie en s’écrivant, poèmes abandonnés à l’état d’ébauches, embryons de textes en suspens, notes de lectures comme substitut à l’élaboration d’une pensée, projets esquissés… Riens en somme, vide assoiffé de (non-)sens et dressant en un geste exaspéré « le constat qu’il faut écrire ». Sans aucun doute mais en doutant fortement.

Bonheurs d’été (Mardi 8 août) - La lecture quotidienne de Corbières-Matin pour me tenir informé de ce qui se trame du côté du Banquet du livre de Lagrasse auquel je ne puis me rendre cette année avec mille regrets.

L’écoute (matinale ou nocturne), toute cette semaine, de La Grande Traversée de France Culture consacrée à Homère. Ce mardi, joie d’entendre pendant deux heures la voix aimée de Pierre Bergounioux donnant sa lecture de L’Odyssée.

La (re)lecture des Confessions de Jean-Jacques Rousseau qui touche à sa fin et que viendra remplacer dans les heures qui viennent un retour sur l’Iliade et l’Odyssée à la faveur de l’émission de France Culture citée ci-dessus. L’été a toujours été pour moi le temps de grandes lectures ou relectures, je veux dire lectures au long cours. J’envisage maintenant d’étendre cette pratique à l’hiver. En projet : la Recherche du Temps Perdu, ce haut-lieu de la littérature d’où je suis sorti voici quelques années pour d’autres horizons. Peut-être cette tâche s’accompagnera-t-elle d’un journal de lecture (toujours l’obsession de tenir journal)...

Pierre Bergounioux, Homère et l’impératif catégorique kantien (Mercredi 9 août) - Mardi matin, la deuxième Grande Traversée de France Culture consacrée à Homère traitait de l’Odyssée dont le texte était commenté par l’écrivain Pierre Bergounioux. Je donne les phrases de conclusion de son propos, après deux heures d’émission aussi intense que passionnante. Pierre Bergounioux, donc : "Le meilleur de mon humanité réside hors de moi. Nous serons hommes à proportion de ce que nous aurons intériorisé le meilleur que l’humanité a inventé. Montaigne l’a dit (...) Et avec lui, toute la réflexion mondiale depuis 400 ans place nos imperceptibles agissements sous le signe de l’universel. Agis de telle sorte - c’est l’impératif catégorique kantien - que tu puisses ériger en règle universelle la maxime de ton action".


[1Michel Foucault, "L’obligation d’écrire", texte paru en 1964 dans le numéro 980 de la revue Arts, recueilli dans Dits et Ecrits I (1954-1975) éditions Gallimard, collection Quarto.

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