Les cahiers de Serge Bonnery

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"Ni peintre, ni écrivain..."

mardi 20 décembre 2016, par Serge Bonnery

[Lundi 19 décembre 2016]

§ Reçu voici quelques jours (ai-je à ce point les dates en horreur ?) dans ma boîte aux lettres deux ouvrages de Jean-Claude Pirotte au Cherche-Midi.

Traverses est la restitution d’un carnet tenu entre juin 2010 et juin 2011, une période marquée par l’inquiétude et plusieurs déménagements. Au détour de certains mots, on entend la nuit venir. « La tristesse et l’angoisse. J’ai dormi presque tout le jour, tentant de prolonger la nuit tutélaire, et d’oublier que je me sens étranger à moi-même. Me résigner à n’être qu’une ombre » (dimanche 13 mars 2011).

Le deuxième, Jours Obscurs, est un volume de poèmes inédits. Ce sont des poèmes prélevés pour certains « dans le désert de l’enfance ».

Jean-Claude Pirotte est une grande voix de la poésie de langue française. Sa disparition en 2014 nous prive plus que d’un ami. Mais la quatrième de couverture - que j’imagine rédigée par Sylvie Doizelet, la compagne de Jean-Claude, à qui l’on doit l’édition de ces deux livres - me touche profondément. « Le poète que l’on croyait disparu revient à nous… », peut-on y lire. Jean-Claude assis là, roulant sa cigarette dans sa machine rouillée aux entournures tout en narrant « une histoire sans début ni fin / racontée par un défunt » et nous exhortant à « ne pas avoir peur des fantômes ».

Comment dire la dette immense que l’on a envers quelqu’un ? Je regarde dans ma bibliothèque la place (conséquente) qu’y occupe Jean-Claude Pirotte. Je me dis que je n’ai pas grand mérite, il fut un temps où il m’offrit tous ses livres. Je compare avec la bibliographie publiée en tête des deux ouvrages au Cherche Midi. Je n’ai donc pas tout. La production de Jean-Claude Pirotte est immense. En fait, quoi qu’il en dise, il n’a jamais cessé d’écrire. Ecrire et écrire. La nécessité de dire dépasse tout, même quand il s’agit de décrire l’angoisse de l’attente quand le poème est là, tout proche, roulant à son tour sa cigarette, mais qu’il boude la feuille et ne vient pas.

« Je ne suis ni peintre ni écrivain », confie Jean-Claude Pirotte dans son carnet. « Mes livres sont des compilations hasardeuses ». Alors sachons admettre que le hasard fait (souvent) bien les choses.

Je reviendrai plus longuement un de ces prochains jours sur la parution de ces deux livres précieux que je ne peux me résoudre à qualifier de posthumes. Il n’y a pas de livre posthume. Il y a la voix du poète. Et tous les poètes sont nos contemporains.

§ Le site lairnu.net poursuit la mise en ligne de textes lus d’Asli Erdogan en soutien à la romancière turque emprisonnée et qui attend son procès pour « terrorisme » qui, aux dernières nouvelles, devrait se tenir le 29 décembre. Diacritik continue aussi, de son côté, à faire lire et entendre sa voix. Les initiatives de solidarité se multiplient. Quant à la pétition, elle est toujours ouverte en ligne sur change.org. Elle a recueilli (au moment où cette note est écrite) 44 333 signatures. Il n’est pas trop tard pour signer.

§ La onzième symphonie de Chostakovitch a été conçue par son compositeur comme une évocation de la première révolution russe, celle de 1905. Elle débute par un dessin d’aube suivi des trompettes du réveil. Le second mouvement, un allegro, porte le titre 9 janvier (1905), la date, précisément, du Dimanche rouge de Saint-Pétersbourg. Suivent un adagio In memoriam et le Tocsin en guise de final.

Sa douzième symphonie est consacrée, elle, à la figure historique de Lénine lors de la révolution de 1917 (œuvre de propagande sans grand intérêt, ont noté la plupart des critiques). La quatrième symphonie - d’un aveu quasi unanime - est son chef d’œuvre. « Hors du commun ».

Quant à Chostakovitch lui-même, il estimait que ses symphonies numéro 2, 3 et… 4 étaient ratées !

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